Le triomphe éphémère de Christo

par | Oct 1, 2021 | Art, Réflexion | 0 commentaires

Certains ricanent, d’autres se gaussent, et parfois, même, il y en a qui s’insurgent. Christo cristallise l’attention et empaquette en bleu blanc rouge l’arc d’un triomphe éphémère.
Je fais parti de cette génération qui regarde un Christo comme on découvre une histoire et c’est cela que j’ai envie de partager.

Jusqu’à mon entrée au lycée, j’étais bien plus sensible au dessin qu’à la peinture, j’observais les croquis comme des chefs d’œuvres qui me semblaient bien plus aboutis qu’une peinture ou qu’une sculpture. Je dévorai les crayonnés comme on se délecte d’un Chassagne-Montrachet.
C’est à ce moment de ma vie que je rencontre le travail de Christo pour la première fois autour du Pont Neuf. Je me souviens de la découverte de ce Pont Neuf empaqueté. J’ai eu le sentiment de découvrir quelque chose. C’est d’ailleurs le discours que l’on prête à Christo, il cache pour faire découvrir. Mais ça c’est le discours généraliste, celui du bonimenteur de la foire de Paris. Non. Ce que je découvrais face à ce Pont Neuf recouvert c’est Cézanne et sa géométrie, Picasso et son cubisme, Léonard et son drapé, Eiffel et son architecture. Ce n’est pas juste un tissu qui recouvre un monument, c’est aussi un pli qui redessiner un paysage. C’est frappant sur l’arc de triomphe, j’ai eu le sentiment de découvrir un crayonné à ciel ouvert.

Pour financer ses projets, Christo vends ses dessins, ses ébauches, cela fait parti intégrante de son travail et c’est ce qu’il restera au-delà de l’éphémère réalisation orgueilleuse. Lorsque l’on compare les dessins préparatoires et l’aboutissement, il se dégage une sensation de réalisation. Christo va au bout de son rêve. C’est une très belle réponse à Duchamp.

On réduit souvent l’œuvre Duchamp au Ready Made mais c’est une infime partie de son travail. A mon sens, Duchamp nous émancipe du diktat des canons de beauté pour nous entraîner vers la poésie de l’artiste. Ce qui compte, ce n’est pas l’objet de spéculation imposé par le pouvoir matériel, le produit fini, ce qui compte c’est l’histoire qui a généré l’objet, c’est l’histoire intime entre l’artiste et sa création. Le produit fini n’est qu’un précipité chimique qui résulte d’une histoire qu’il nous faut découvrir et que l’artiste nous entraîne à vivre. Tout cela s’applique au travail de Christo au même titre que cela émerge du non finito des esclaves de Michel-Ange.
En utilisant les plis de sa toile, Christo nous offre la réalisation de son crayonné, il rend réel un dessin.

Mais, pour être honnête, je comprends aussi que l’on se gausse car ce n’est pas vraiment du travail de Christo que l’on se raille, c’est plutôt de la politique aveugle qui met sur le même piédestal une clique de Pipicacartistes et celui de Christo.
Koons, McCarthy ou encore Kapoor sont les produits éphémères d’une spéculation hasardeuse que peu d’artistes de ma connaissance respectent. Ces Pipicacartistes dont le travail se résume au tripotage de la bite pour Koons, du rectal pour McCarty et du vaginal pour Kapoor, ces opportunistes de la spéculation sont mis en valeur par des politiques sous influence qui pensent bien faire. Alors, oui, je comprends que l’on se révolte et que l’on se moque du dernier chouchou de ces politiciens. Mais séparons le bon grain de l’ivraie, Christo à toute sa place dans l’histoire de l’art, contrairement aux trois autres qui ne racontent rien d’intéressant.

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